Article de Gustave Braastad paru dans Réforme le 8 décembre 2024
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Le foyer du Stift, avec ses homologues berlinois, tubinguois et parisien (AEPP), et la « Fédé » des jeunes protestants (FFACE) ont organisé une rencontre d’étudiants protestants de France et d’Allemagne. Récit.
Mittelbergheim, en Alsace, un des « plus beaux villages de France », avec son écrin de vignes dans la brume et ses maisons de la Renaissance où vieillit lentement le crémant. En ce premier dimanche de l’Avent, l’église luthérienne résonne joyeusement : y chantent plus de quarante jeunes adultes, venus de Strasbourg, Paris, Lyon, Lille, mais aussi de Berlin et Tübingen. Si la Bible est lue en alsacien, la prédication est donnée en français, allemand et anglais, par trois étudiants protestants qui se succèdent au pupitre. Une belle surprise pour les paroissiens !
Ce rassemblement a été organisé par le foyer du Stift, avec ses homologues berlinois, tubinguois et parisien (AEPP), et la « Fédé » des jeunes protestants (FFACE), qui met en réseau les groupes de paroisses : sont présents notamment des jeunes de l’Oratoire du Louvre et de la Mission JEEPP. L’objectif du week-end ? « Tisser des liens d’amitié par-delà les frontières », résume Nathan, 22 ans, coordinateur de l’événement.
Arrêt commémoratif
Le pasteur Matthias Dietsch, de l’aumônerie universitaire protestante, précise le programme : « Le thème choisi est Europe et migrations. Un sujet intense, qui nous interpelle en tant que chrétiens. La fraternité doit être défendue ! ». Vendredi, le groupe visite le Parlement européen, où des lycéens simulent un débat parlementaire dans le cadre du programme Euroscola. Samedi matin, des étudiants en droit des libertés fondamentales exposent « l’amoncellement des lois liberticides ». L’après-midi, des bénévoles de la Cimade présentent leur engagement auprès des personnes exilées à la Maison protestante de la solidarité.
Les jeunes se sont ensuite armés de courage pour fendre la foule des touristes venus pour le marché de Noël, et relier symboliquement le quartier de la Petite-France à la Neustadt, la « nouvelle ville » construite par l’Empire allemand avant la Première Guerre mondiale. Sur la place de la République, arrêt commémoratif devant le monument aux morts, qui représente une mère tenant sur ses genoux le corps de ses deux enfants, l’un mort pour la France et l’autre pour l’Allemagne, dans une lutte fratricide. Nus, sans leur uniforme, ils paraissent jumeaux.
« Engagé contre le totalitarisme »
Marta, italienne vaudoise engagée à la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (Fuace) retient en particulier l’échange de dimanche avec l’artiste plasticienne Marie Dréa : « Après le culte et un repas soupe – vin chaud – mannele, elle nous a raconté sa rencontre avec Czesław Miłosz. C’était un intellectuel polonais engagé contre le totalitarisme. Réfugié à l’Ouest pendant la Guerre froide, il passe une semaine au village de Mittelbergheim en 1951 pour participer à un congrès d’exilés, et y écrit un poème. Trente ans plus tard, il reçoit le prix Nobel de littérature, et choisit un seul poème pour la cérémonie : Mittelbergheim. »
« Ici et partout
Se trouve ma patrie, où que je tourne,
Quelle que soit la langue, j’entendrai
Le chant d’un enfant, les paroles d’amants.
Plus heureux que quiconque, il faut que j’accueille
Un regard, un sourire, une étoile, la soie froissée
Au genou. Serein, voyant,
Je gravirai les collines dans la douce lumière du jour
Au-delà des eaux, des cités, des routes, des coutumes humaines. »
Pour aller plus loin
- Programme : Europe et migrations
- Album photo : weekend à Strasbourg
