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Gustave Braastad, le jeune protestant qui veut relancer la « Fédé »

Article d’Alice Papin paru dans Réforme le 4 mai 2024
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Pour offrir un espace de réflexion sur des sujets théologiques et sociétaux aux jeunes adultes, ce fidèle de l’Oratoire du Louvre s’investit depuis six ans pour réanimer un réseau historique d’étudiants chrétiens.

Il faut s’accrocher pour suivre Gustave Braastad. Ce Parisien, âgé de 28 ans, raconte sa vie avec un débit de parole très rapide. Nous sommes au port de l’Arsenal, à deux pas de Bastille, un beau vendredi printanier, à l’heure du déjeuner. Le soleil déjà chaud, à son zénith, invite au relâchement. Entre deux réflexions, il croque dans son sandwich, observe les mouvements des cormorans et des cols verts sur l’eau, et peste contre les emballages plastiques négligemment jetés. Grand brun à la silhouette longiligne, Gustave Braastad a un emploi du temps chargé : il travaille comme consultant, spécialisé dans le numérique, pour un important cabinet de conseil. « Un des “Big Four” de La Défense », précise-t-il, dont il préfère taire le nom. En parallèle, il jongle avec différents engagements associatifs : dans sa paroisse de l’Oratoire du Louvre, il est conseiller presbytéral et coanime le groupe Jeunes Oratoire, rassemblant des étudiants pour des soirées-débats mensuelles alliant convivialité et théologie. Attaché au dialogue interreligieux, il est engagé au sein de l’association Coexister et de l’Amitié judéo-chrétienne de France.

Depuis 2018, un nouveau projet lui tient particulièrement à cœur : relancer la Fédération française des associations chrétiennes d’étudiants, dite la « Fédé », créée en 1898, à l’origine de la Cimade, qu’il a connu en se passionnant pour l’histoire. « Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Fédé s’est engagée sur le plan de la résistance spirituelle contre le nazisme. En 1941, des membres de la Fédération étudiante ont pris part à la rédaction des thèses de Pomeyrol, invitant l’Église à prendre position sur l’Occupation et ses conséquences. Avec la résurgence aujourd’hui de pensées nauséabondes, racistes et identitaires, il était intéressant de redonner vie à un réseau national d’étudiants protestants, en s’inscrivant dans la lignée de la Fédé », explique-t-il.

Une passion pour l’histoire

Gustave Braastad a grandi à proximité de deux édifices remarquables pour la richesse de leur histoire : le musée du Louvre et l’Oratoire du Louvre. Originaire de Charente, ses parents ont déménagé à Paris pour des raisons professionnelles dans les années 1980. Sa mère est protestante. « Je dois ma passion pour l’histoire à mon grand-père maternel, qui a repris l’une des plus anciennes entreprises protestantes de cognac », précise-t-il, avant d’ajouter avec un sourire : « Mon intérêt pour l’histoire m’a conduit à créer ou à compléter la grande majorité des pages Wikipédia sur les temples protestants en France. »

Son père a grandi dans une famille catholique mais s’est éloigné de l’Église. Bon élève, Gustave Braastad a choisi de faire sa scolarité au lycée Henri-IV, « le roi protestant, au contraire de Louis-le-Grand qui révoqua l’édit de Nantes ». Dès l’enfance il fréquente l’Oratoire du Louvre, où il participe à l’école biblique et aux éclaireurs. L’orientation libérale de l’Oratoire lui correspond toujours aujourd’hui. « Il est essentiel d’adapter notre réflexion théologique à ce monde en évolution constante. Nos avancées sur de nombreuses questions, telles que la place des femmes ou de la communauté LGBT+ dans l’Église, constitue une richesse immatérielle que beaucoup de nos amis catholiques nous envient. Il faut la mettre en avant », défend-il.

Randonnée dans les Cévennes

Après une classe préparatoire en sciences économiques et sociales, Gustave Braastad intègre l’EM Lyon Business School, une grande école de commerce. Déçu par l’uniformité des profils des étudiants, il ressent le besoin de diversifier ses relations à Lyon. « J’avais envie rencontrer des jeunes d’autres horizons pour discuter de théologie et de religion, des sujets malheureusement sensibles et tabous, pourtant au cœur de notre histoire, ainsi que de l’actualité géopolitique et française », raconte-t-il. C’est à Lyon qu’il fait la connaissance d’un couple brésilien, Mateus et Mariana, avec qui il s’implique dans la mission Jeepp (Jeunes étudiants et professionnels protestants). De retour à Paris en 2018, il poursuit sur cette lancée en relançant le groupe Jeunes Oratoire. L’idée de redonner vie à la Fédé découle de cette dynamique. « Avec un petit noyau de jeunes protestants engagés, nous avons eu envie de recréer ce groupe historique, se rappelle-t-il. On ne peut pas tout attendre de l’Église protestante unie de France, qui manque de moyens financiers et humains et se concentre sur les lycéens avec le Grand Kiff. Peu est fait pour les jeunes professionnels, un public différent des paroissiens classiques, qui a sa propre culture. »

Le lancement officiel de la nouvelle Fédé a eu lieu en plein cœur de la campagne présidentielle, en mai 2022, avec un week-end de rencontres, de conférences et de débats sur le thème « Agir face à la haine ». À Paris, de jeunes actifs des temples de l’Oratoire, de l’Étoile et de Montparnasse-Plaisance se réunissent désormais régulièrement pour visiter des lieux emblématiques du protestantisme, comme le Défap. « Conscient que l’avenir du protestantisme est fragile, Gustave est convaincu qu’il faut dépasser les querelles de chapelles et créer davantage de collaboration entre les paroisses », commente Raphaël Georgy, membre de la Fédé et de l’église de l’Étoile. En ce vendredi printanier, Gustave Braastad songe à l’avenir. Dans quelques mois, ses responsabilités au sein de l’Amitié judéo-chrétienne de France et de Coexister arriveront à leur terme. « Ces derniers temps, Gustave était très sollicité. Il lui devenait difficile de répondre à toutes les demandes. Il a peut-être pris trop de projets en même temps », souligne Patricia Glaizal, secrétaire générale de l’Association des étudiants protestants de Paris, louant son enthousiasme, sa bienveillance et son engagement. Le développement de la Fédé fait partie de ses priorités pour les années à venir, avec déjà quelques idées en tête : la création d’un site internet et l’organisation d’un grand week-end lors de l’Assemblée du Désert, incluant une randonnée dans les Cévennes. Un programme riche pour rassembler davantage de jeunes actifs. ❧

Alice Papin