Le logo de notre association représente un bateau surmonté d’une croix. C’est une déclinaison nationale du logo de la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants, comme notre nom. On retrouve un symbole similaire dans les logos du Conseil œcuménique des Églises et de la Conférence des Églises européennes : la voile gonflée par le souffle de Dieu a inspiré les chrétiens en quête d’unité. Pour comprendre pourquoi, tirons des bords entre les textes bibliques !




World Council of Churches
- Œcuménisme, la terre 🌍
- Le bateau ⛵
- Le souffle 💨
- La mer 🌊
- Le poisson 🐟
- L’ancre ⚓
Œcuménisme, la terre 🌍
Le mot œcuménisme vient grec ancien οἰκουμένη, oikouménē, qui désigne « toute la terre habitée ». Il est issu de οἴκος, oíkos, « maison », qui donne aussi les mots économie et écologie. On trouve ce terme grec dans l’Évangile selon Matthieu 24, 14 : « Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée sur toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations. » Il est aussi dans l’Évangile selon Luc 2, 1 : « En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. »
Œcuménisme est donc un terme très terrien, qui ne prédisposait pas le mouvement rassemblant tous les chrétiens à adopter un logo maritime. Le logo aurait pu être une « maison commune » — un concept diffusé par le Pape François depuis l’encyclique Laudato si. Mais une maison est fixe, alors qu’un bateau est mobile, ce qui convient mieux : les divisions confessionnelles sont encore béantes et l’unité longue à construire.
Le bateau ⛵

Un petit navire marque la vie de Jésus : c’est la barque sur laquelle il traverse à plusieurs reprise la mer de Galilée. Le Christ apaise des tempêtes qui effrayent ses disciples, et les rejoint depuis la rive en marchant sur les eaux. Voyons-cela en nous plongeant dans les écritures originales, sola scriptura.
Ainsi, dans l’Évangile selon Matthieu 8 : « [Jésus] monta dans la barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il s’éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s’étant approchés le réveillèrent, et dirent : Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! Il leur dit : Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme. Ces hommes furent saisis d’étonnement : Quel est celui-ci, disaient-ils, à qui obéissent même les vents et la mer ? »
Un récit similaire se retrouve en Marc 4 et Luc 8.
Puis, dans l’Évangile selon Matthieu 14 : « Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l’autre côté, pendant qu’il renverrait la foule. Quand il l’eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l’écart ; et, comme le soir était venu, il était là seul. La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots ; car le vent était contraire. À la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : C’est un fantôme ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c’est moi ; n’ayez pas peur ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. »
Des épisodes parallèles sont racontés en Marc 6 et Jean 6.
Dans la Bible, le mot traduit par barque ou navire est en hébreu אֳנִיָּה, ‘oniyah, et en grec πλοῖον, ploion. Il a donné en français le mot périple, avec le préfixe péri-, autour : c’est pourquoi périple ne devrait être utilisé que pour les voyages en bateau autour d’une mer ou d’un pays. Ainsi, de beaux périples se trouvent dans les Actes des apôtres, où Paul de Tarse navigue le long des côtes de la mer Égée.
Le dernier voyage du livre est néanmoins tragique : Paul a fait appel de son procès, il est prisonnier et traverse la Méditerranée pour aller à Rome. Paul avertit ses gardiens d’un danger imminent, mais « Un léger vent du sud vint à souffler, et, se croyant maîtres de leur dessein, ils levèrent l’ancre et côtoyèrent de près l’île de Crète. » Comme prévu, une tempête se déchaine, l’équipage jette cargaison et agrès à la mer. Puis au bout de deux semaines, « les matelots, vers le milieu de la nuit, soupçonnèrent qu’on approchait de quelque terre. Ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses ; un peu plus loin, ils la jetèrent de nouveau, et trouvèrent quinze brasses. Dans la crainte de heurter contre des écueils, ils jetèrent quatre ancres de la poupe, et attendirent le jour avec impatience. » Après avoir partagé le pain, au petit matin, ils aperçoivent une terre : « Ils délièrent les ancres pour les laisser aller dans la mer, et ils relâchèrent en même temps les attaches des gouvernails ; puis ils mirent au vent la voile d’artimon, et se dirigèrent vers le rivage. » Ils font naufrage à Malte, comme tant de réfugiés aujourd’hui — et sont accueillis avec bienveillance par ses habitants.
Le souffle 💨

La Conférence des Églises européennes a changé de logo début 2023. On y reconnaît toujours la croix dressée sur une barque, mais encore plus qu’auparavant une voile est gonflée par le vent. Justement, l’esprit de Dieu souffle sur les pages de la Bible — ça décoiffe !
Au commencement de la Genèse, dès le verset 2 : « La terre était tohu-bohu, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. » Ce souffle est en hébreu רוּחַ, ruah, qui est parfois traduit par esprit. Un motif similaire est en Proverbe 8, avec le vol enjoué de la sagesse (חָכְמָה, chokmah). Le premier verset du premier chapitre de l’Evangile selon Jean y fait référence, sous la forme de la parole, en grec λoγoς, logos. Interprété comme l’Esprit de Dieu, en grec πνεῦμα, pneuma (penser au bateau pneumatique), le souffle réapparaît sous la forme d’une colombe au verset 32, pour le baptême de Jésus.
Au chapitre suivant de la Genèse, le mot traduit par souffle est différent en hébreu. Dieu souffle (en hébreu נָפַח, naphach) un souffle de vie (en hébreu נִשְׁמַת חַיִּים, nishmat hayim) : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre. Il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. » À noter le jeu de mot entre les noms homme = אָדָם, Adam et terre = אֲדָמָה, adamah. Cela ne le prédestine pas à prendre la mer !
On retrouve le vent ruah sur les flots au début de Genèse 8, à la fin du Déluge, lorsque « Dieu fit passer un souffle sur la terre, et les eaux s’apaisèrent. » Ce vent arrête la pluie, assèche l’inondation et permet à l’arche de Noé d’accoster sur les montagnes d’Ararat. De même, lors de la sortie d’Égypte, en Exode 14, 21 « Moïse étendit la main sur la mer. L’Éternel refoula la mer toute la nuit par un vent d’est puissant, et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent, et les fils d’Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. »
La mer 🌊
La mer est en hébreu יָם, yam, d’une racine du sens de rugir. Dans les mythes d’Ougarit, une citée au nord de la Phénicie, dans l’actuelle Syrie, Yam est la déesse de la mer déchaînée, antagoniste du dieu Baal, le Seigneur, dieu du vent, de la pluie et des orages. Ce célèbre passage de l’Exode où l’Éternel dompte la mer par son souffle a inspiré les poètes et trouve des échos dans les livres de Josué, Samuel, Ésaïe…
Selon l’exégèse historico-critique, une sous-divinitée de Yam est Léviathan. Ainsi la prophétie d’Ésaïe 27 : « En ce jour, l’Éternel frappera de sa dure, grande et forte épée Léviathan, dragon fuyard, Léviathan, dragon tortueux ; et il tuera le monstre qui est dans la mer. » Et cette louange du Psaume 74 « Tu as fendu la mer par ta puissance, tu as brisé les têtes des monstres sur les eaux ; tu as écrasé la tête de Léviathan, tu l’as donné pour nourriture au peuple du désert. »
Par dérision, le psalmiste transforme en jouets ces deux terribles divinités du Proche-Orient, Yam et Léviathan, dans le Psaume 104 « Voici la grande et vaste mer : là se meuvent sans nombre des animaux petits et grands ; là se promènent les navires, et ce Léviathan que tu as formé pour se jouer dans les flots. » Et en Job 41 « Prendras-tu Léviathan à l’hameçon ? Saisiras-tu sa langue avec une corde ? Mettras-tu un jonc dans ses narines ? Lui perceras-tu la mâchoire avec un crochet ? Te pressera-t-il de supplication ? Te parlera-t-il d’une voix douce ? Fera-t-il un pacte avec toi, pour devenir ton esclave à jamais ? Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau ? L’attacheras-tu pour amuser tes jeunes filles ? Les pêcheurs en trafiquent-ils ? Le partagent-ils entre les marchands ? Couvriras-tu sa peau de dards, et sa tête de harpons ? »
Le poisson 🐟

Un symbole paléochrétien rapproche également les chrétiens de la mer : le ichtus. Du grec ancien ΙΧΘΥΣ, ikhthús, « poisson », c’est l’acronyme de
Ἰησοῦς, Iēsoûs, « Jésus »
Χριστός, Khristós, « Christ »
Θεοῦ, Theoû, « de Dieu »
Υἱός, Uiós, « Fils »
Σωτήρ, Sōtḗr, « Sauveur »
Au début des Évangiles synoptiques et à la fin de l’Évangile selon Jean, le métier des quatre premiers apôtres est pêcheur. Ainsi dans la version de Luc 5, avec des parallèles textuels en Matthieu 5 et Marc 1 : «Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu, et qu’il se tenait près du lac de Gennésareth, il vit au bord du lac deux bateaux d’où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. Il monta dans l’un de ces bateaux, qui était à Simon, et il lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis il s’assit, et du bateau il instruisait les foules. Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons : leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs associés qui étaient dans l’autre bateau de venir les aider. Ceux-ci vinrent et remplirent les deux bateaux, au point qu’ils enfonçaient. Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : Seigneur, éloigne-toi de moi : je suis un homme pécheur. Car l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu’ils avaient faite. Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Jésus dit à Simon : N’aie pas peur ; désormais ce sont des êtres humains que tu prendras. Alors ils ramenèrent les bateaux à terre, laissèrent tout et le suivirent. »
Les poissons resurgissent ensuite à plusieurs reprises, en particulier lors de la scène de la multiplication des pains, dans l’Évangile selon Matthieu 14, avec des parallèles en Marc 6 et Luc 9 : « Ils lui dirent : Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. Et il dit : Apportez-les-moi. Il fit asseoir la foule sur l’herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés. »
Et dans l’Évangile selon Matthieu 12, avec un parallèle en Luc 11, un lien est tissé entre l’histoire vétérotestamentaire de Jonas et le Christ : « Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Les hommes de Ninive se lèveront, au jour du jugement, avec cette génération et la condamneront, parce qu’ils se repentirent à la prédication de Jonas ; et voici, il y a ici plus que Jonas. » Jonas est un des rares prophètes bibliques qui se détournent du désert pour embarquer sur la mer. Son récit plein de vie décrit la navigation et la tempête qui le conduit jusque dans le ventre du gros poisson — en hébreu דג גדול, dag gādōl.
L’ancre ⚓

L’ancre est un symbole classique de l’espérance, cher aux chrétiens de toutes confessions et donc adapté à l’œcuménisme. C’est une référence à un verset de l’épître aux Hébreux 6, 19 : « Cette espérance [en Christ], nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide… ». En grec, ancre se dit ἄγκυρα, agkura.
De plus, l’intersection entre la verge et le jas de l’ancre permet de figurer une croix latine. La même chose apparaît sur le bateau de nos logos, entre le mat et le pic du gréement — un clin d’œil supplémentaire ! ❧
Pour aller plus loin
La World Student Christian Federation a lancé une campagne de levée de fond pour soutenir ses actions au niveau international, sous le nom de All in one boat : Tous dans le même bateau. L’arche de Noé tangue dangereusement, même si un rameau d’olivier apporte de l’espoir.

