Article de Raphaël Georgy, paru dans Réforme le 4 mai 2022
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Un réseau de jeunes protestants invite tous les étudiants et jeunes actifs protestants à se retrouver à Paris pour un week-end de rencontres, de conférences et de débats sur le thème de l’engagement.
« Cela fait sept ans qu’on travaille à relancer la “Fédé” et nous étions arrivés à la conclusion que cela ne pouvait venir que des jeunes eux-mêmes », raconte Patricia Glaizal, responsable de l’Association des étudiants protestants de Paris (AEPP). C’est ainsi que le long week-end du 6 au 8 mai a été choisi pour organiser une grande rencontre, à Paris, avec des participants venus de toute la France.
La « Fédé », pour Fédération française des associations chrétiennes d’étudiants, a été créée en 1898 pour fédérer et structurer les groupes de jeunes protestants, alors que les études supérieures se démocratisaient, en leur proposant des séjours à la mer et à la montagne. Des étudiants protestants étaient fortement engagés pour soutenir la laïcité, puis la Résistance avec les thèses de Pomeyrol en 1941. Après-guerre, ils ont soutenu la décolonisation et la lutte pour les droits des femmes. Elle s’inscrivait, à l’échelle internationale, au sein de la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (en anglais World Student Christian Federation) créée quelques années plus tôt. « Cela marchait très bien, en particulier pendant les dernières années de la Guerre d’Algérie (1959-1962) ; nous étions alors mobilisés contre cette guerre. Puis, à partir du milieu des années 1960, la Fédé connaît une crise, comme les autres mouvements de jeunesse, qui s’amplifie après les événements de 1968 », note l’historien André Encrevé. Les jeunes se sont alors opposés frontalement aux institutions protestantes sur la morale sexuelle. Ajoutons à cela un protestantisme moins organisé et structuré qu’il ne l’était auparavant, et la « Fédé » a perdu de son élan.
Contre l’extrême droite
L’étincelle pour relancer une initiative nationale a eu lieu en mars 2020 lors de la « Nuit de l’écologie », une série de conférences organisée au foyer de l’AEPP, rue Titon à Paris, quelques jours avant que la France ne se confine. « Nous nous sommes dit qu’il y avait du potentiel pour fédérer à nouveau la jeunesse protestante, se souvient Gustave, 26 ans, un des organisateurs de l’événement. L’idée aujourd’hui n’est pas de reconstruire une structure lourde, mais de fonctionner en réseaux avec peut-être une rencontre annuelle. »
Après une série de visioconférences réunissant des responsables de groupes de jeunes protestants à Strasbourg, Lyon, Nantes, Montpellier, de l’EPUdF et de l’UEPAL, le projet est lancé avec l’objectif de se retrouver à Paris pour un week-end de rencontres, de conférences et d’échanges au foyer de l’AEPP à Paris, avec la possibilité d’un hébergement sur place et une contribution de 10 euros pour tous les repas. « Nous voulons construire un mouvement par et pour les jeunes adultes de 18 à 35 ans, en renouant avec ce qu’a été l’histoire de la Fédé », explique Gustave.
« La Fédé a soutenu la réflexion intellectuelle et de cette jeunesse engagée sur deux plans, rappelle Patricia Glaizal. La réflexion théologique et politique. Cette année, des pasteurs viendront parler de l’étranger dans la Bible, la notion de semblable, de frontières. Déjà, les gens de la Fédé avaient été très actifs dans la création de la Cimade en 1939. » En 2022, les jeunes seront invités à débattre sur le thème « Agir face à la haine », visant les positions de l’extrême droite.
À l’écoute de la diversité culturelle
« Il y avait tous les bords politiques à la Fédé, rappelle André Encrevé, même si les étudiants étaient plutôt de gauche et cherchaient, dans la mouvance du christianisme social, à apporter des réponses chrétiennes aux défis sociaux de leur temps. » De gauche, souvent ; engagés, toujours. Le fondateur de la Fédé Raoul Allier était normalien, professeur de philosophie à la Faculté protestante de théologie à Paris et militant dreyfusard. « Aujourd’hui, nous aimerions creuser l’histoire des engagements protestants, notre identité, et faire réfléchir les jeunes au rôle des minorités en marge de l’identité française majoritaire », précise Gustave.
Le débat s’annonce riche eu égard à la diversité théologique et culturelle de l’EPUdF et l’UEPAL. « Nos Églises se transforment et cette nouvelle diversité culturelle peut nous ouvrir à des problématiques internationales », ajoute le jeune homme. Les jeunes participeront à un culte le dimanche matin, avant de visiter les lieux emblématiques du Paris protestant. Les groupes seront aussi invités à se présenter pour échanger les bonnes idées d’organisation et tisser des liens. « Pour les anciens de la Fédé, c’était une source incroyable de rencontres », souligne Patricia Glaizal. Sans oublier une soirée festive, samedi soir. « Ce week-end arrive au moment propice, se réjouit déjà la pasteure Christine Mielke. Ensuite, aux jeunes la parole et la liberté de repartir avec des idées d’engagements régionaux ou locaux. » ❧
Raphaël Georgy
Pour aller plus loin
- Avant, le programme du week-end
- Après, l’album photo
- Nos thèses de 2022 : protestantisme et résistance
