Catégories
Presse

Les oasis spirituelles des jeunes protestants

Article de Lauriane Vofo Kana paru dans Réforme le 17 octobre 2019
👉 lire sur www.reforme.net


La rentrée universitaire a sonné. Les étudiants reviennent sur les bancs des facultés, mais aussi dans leurs groupes chrétiens de réflexion.

Le soir tombe sur la ville, les derniers rayons de soleil éclairent le temple de l’Oratoire du Louvre, à Paris (1ᵉʳ arr.). À l’intérieur de l’édifice du XVIIe siècle, quelques voix résonnent. Ce mercredi de septembre marque la rentrée du groupe des jeunes de l’Oratoire qui se réunit chaque mois. Parmi la vingtaine de participants (étudiants, lycéens ou jeunes professionnels), on compte de nouveaux arrivants.

Lunettes rouges sur le nez et allure vive, Gustave « l’oratorien » distribue les textes qui nourriront le débat sur le thème de la puissance de Dieu. Puis, le chant des Psaumes lance la soirée.

Chacun exprime son opinion, la parole est libre. Les pasteures Béatrice Cléro-Mazire et Agnès Adeline-Schaeffer rebondissent sur certaines contributions. « On apporte des références bibliques et personnelles, mais le groupe n’est pas pensé comme un lieu de catéchèse », insistent-elles. D’ailleurs, la question initiale ne sera pas tranchée : chacun approfondira sa réflexion. Pour Béatrice Cléro-Mazire, cette liberté est essentielle : « Les jeunes sont entendus sans jugement dans leurs doutes, leurs craintes… » Le lien étroit avec la paroisse et l’association d’entraide leur permet de trouver un soutien spirituel et une aide matérielle.

Pizzas et grâces

La séance terminée, tous se dirigent vers la maison presbytérale qui longe le temple. Une fois les pizzas servies et après les grâces, les échanges se poursuivent. « La convivialité et la bienveillance font qu’on invite facilement des amis ici, plutôt que durant le temps liturgique », remarque Raphaël, l’un des participants. Le sel des échanges tient à la diversité des personnes accueillies : catholiques ou orthodoxes ont leur place. Lovelink, étudiant à l’Institut protestant de théologie est séduit : « Je viens pour la première fois, j’ai apprécié l’autonomie et le partage. » Pour tous ces jeunes, chaque réunion mensuelle est « une véritable bouffée d’oxygène ».

À Strasbourg (Bas-Rhin), quelques jours plus tôt, la rentrée s’est tenue sur un week-end. « Les étudiants, résidents en foyers protestants, ont fait connaissance pendant ces deux jours, explique le pasteur Julien Petit. Ils ont découvert les activités de l’aumônerie et nous avons présenté la vie communautaire. »

Aumônier depuis un an, il accompagne les élèves de l’Aumônerie universitaire protestante (AUP) avec deux autres pasteurs. En charge des foyers protestants, l’équipe côtoie des centaines de jeunes. « L’aumônerie a pour vocation d’accompagner des étudiants sur le plan existentiel, spirituel et théologique », expose Julien Petit. De nombreuses propositions appuient cette mission. « Nous organisons des animations avec le chapitre Saint-Thomas et nous préparons les cultes mensuels universitaires. Au niveau des foyers, qui comptent quelque 300 chambres, nous veillons à nourrir ces lieux pour qu’ils soient accueillants. » Jeunes chrétiens et autres non-croyants s’y retrouvent dans la simplicité.

De concert avec les paroisses avoisinantes, l’aumônerie et les étudiants s’investissent sur le campus : « L’UÉPAL a développé une présence auprès des étudiants car l’intergénérationnel nous tient à cœur, précise le pasteur Julien Petit. Au temple Saint-Paul, les jeunes retrouvent des paroissiens de 7 à 95 ans, qui sont heureux de vivre des moments ensemble. »

Frat’ universitaire

Chaque année, l’équipe pastorale et les représentants des étudiants en foyer proposent de nouveaux projets : « C’est ainsi que nous lancerons des frat universitaires et des groupes de maison pour les jeunes professionnels. »

À Lyon (Rhône), l’heure des nouveautés a aussi sonné. Les pasteurs brésiliens Mateus Fonseca Pereira et Mariana Erhardt entament la phase finale d’un projet œcuménique étudiant. « Avec l’université catholique de Lyon, nous inaugurerons une maison d’unité pour jeunes protestants et catholiques », expliquent-ils. En attendant, le couple s’affaire à la rentrée de la Jeepp (Jeunes, étudiants et jeunes professionnels protestants). « À notre arrivée en 2017, nous voulions créer une aumônerie. En nous familiarisant avec la laïcité française, nous avons privilégié un nom sans connotation religieuse. Avec Jeepp, nous entrons en relation avec des jeunes sur le campus, sans les effrayer », précise Mateus.

Formule innovante

La pasteure Françoise Sternberger accompagne le projet œcuménique : « Il fallait une mission étudiante pour une grande ville comme la nôtre. Les paroisses du consistoire du Grand-Lyon ne parvenaient pas à formaliser quelque chose. » Le consistoire propose alors une formule innovante pour répondre à la soif des jeunes. « La Missão Zero (Mission luthérienne brésilienne) nous a envoyés ici jusqu’en 2022, raconte Mateus. Elle est partenaire de la NMS (Société de mission norvégienne) et du consistoire du Grand-Lyon. À terme, celui-ci deviendra l’unique responsable de la Jeepp. » La première année, le couple a bâti le projet et a lancé la mission un an plus tard. Les pasteurs ont aménagé la chapelle de l’église luthérienne lyonnaise et les premiers jeunes les ont rejoints : « Nous aidons chacun à cheminer dans la foi chrétienne. On noue des liens avec les étudiants et, entre eux, des amitiés se forment. »

Chaque lundi et mercredi, les pasteurs ouvrent l’église pour accueillir voisins, étudiants ou jeunes de passage. Certains viennent prier, d’autres parler. « On propose un temps pour prendre le thé, se reposer. Nous avons vécu des choses bien au-delà de nos attentes », s’exclame le missionnaire. Depuis fin septembre, les rencontres hebdomadaires du groupe de jeunes Aplus animent l’église luthérienne de Lyon. ❧

Lauriane Vofo Kana