Domino est le nom d’un village de l’île d’Oléron, face à l’Atlantique, en Charente. La Fédé y organise des camps de vacances, chaque été de 1910 aux années 1960. Cette page en retrace l’histoire.
- Premiers camps aux Mathes
- Installation à Domino
- Domino durant la Première Guerre mondiale
- Domino après-guerre
- 1967 – vente de Domino
- Bibliographie
Premiers camps aux Mathes
Le premier camp de jeunesse de la Fédé se tient en 1908 dans la forêt de la Coubre, entre La Tremblade et Les Mathes. La presqu’île d’Arvert est un bastion huguenot depuis la Réforme, avec plus de trois quarts de la population encore protestante à la Révolution française.
Six lycéens sont présents, encadrés par le secrétaire général de la Fédé, Charles Grauss. Les installations sont sommaires, « un misérable petit hangar, aux planches disjointes », « un ballon de football et quelques cantiques ».
Installation à Domino

En 1910, la Fédé achète un terrain dans le village de Domino, sur la côte occidentale de l’île d’Oléron. L’adresse actuelle est 80 avenue Bouriennes, 17190 Saint-Georges d’Oléron. La famille Peugeot apporte un soutien financier. Le premier camp compte vingt-cinq participants, sous trois tentes : une pour les jeunes de La Rochelle, une pour Bordeaux, et une pour Paris et Versailles.
| Année | 1908 | 1909 | 1910 | 1911 | 1912 | 1913 | 1914 |
| Nombre | 6 | 12 | 25 | 37 | 45 | 85 | 198 |
En 1913, vingt tentes de huit places sont utilisées. « Chaque tente est munie d’un épais tapis en toile goudronnée, isolant parfaitement les fournitures du couchage du sol. La cuisine, la salle à manger, la salle de réunions, les lavabos sont également aménagés sous la tente. Le vestiaire, la remise à bicyclettes, le local aux provisions sont organisés dans des locaux loués à cet effet. »
Le pasteur Edouard Maury aide à acheter des tentes et de l’équipement, et son nom figure sur les cartes postales de l’époque, comme campement E. Maury. Le pasteur d’Oléron est Henri Ginolhac, qui leur rend visite chaque année. Le camp dure trois semaines.
« [Le camp] est installé dans une vaste cour : là sont dressées trois tentes pour nous coucher et la tente directoriale. […] un hangar nous sert de lavabos, de plus nous avons une cuisine et une salle à manger. La toilette se fait en plein air. On peut prendre des douches (quelques seaux d’eau que les campeurs se versent mutuellement sur le dos) très recommandées par le service hygiénique, moins peut-être par le directeur du service des eaux, chargé de remplir les seaux. […] nous avons un merveilleux cabinet de toilette (petit hangar ouvert de deux côtés […] avec des cuvettes en fer, convenablement placées sur des planches fixées aux murs). »
Chaque jeune a un rôle déterminé. On trouve ainsi un secrétaire, un intendant, un lampiste, un bibliothécaire, un directeur des PTT, un capitaine des jeux, un directeur du service des eaux, un ingénieur « 2T » et, pour la nuit, des chefs et des sous-chefs de tente. L’ingénieur « 2T » est, à Domino, le responsable de l’entretien des latrines. Ce titre provient du canular d’un campeur qui, un soir, proposa de méditer sur un passage du Deutéronome XXIII, 13 : « Tu auras parmi ton bagage un instrument [יָתֵד, yathed], dont tu te serviras pour faire un creux et recouvrir tes excréments, quand tu voudras aller dehors. »







Domino durant la Première Guerre mondiale

En 1914, 219 jeunes protestants sont inscrits pour le camp. Le Semeur de 1914 indique 198 participants, celui de 1918 environ 180. Le 1ᵉʳ août 1914, l’ordre de mobilisation générale est proclamé : les encadrants adultes doivent quitter le camp, mais le camp se poursuit avec les lycées. Un article du Semeur de 1918 retrace cet épisode1. La direction est assuré par Jean Hébert, aidé de Pont, Conord, Düntze, Charles Westphal, Forel et Klingebiel.

Domino après-guerre
Le camp Domino continue à être utilisé comme camp de jeunesse par la Fédé, mais aussi par les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (UCJG / YMCA) et les scouts protestants, les éclaireuses et éclaireurs unionistes. Les paroisses protestantes du consistoire de Charente-Maritime organisent des camps de catéchumènes (14 – 15 ans) et post-catéchumènes jusque dans les années 1960.
1967 – vente de Domino
En 1967, la Fédé décide de revendre le camp de vacances, malgré l’opposition des anciens, les post-fédératifs. Il est racheté par la mairie de Grenoble, qui l’utilise pendant une trentaine d’années.
Aujourd’hui, le bâtiment et le terrain est utilisée par une association néerlandaise dédiée aux personnes à mobilité réduite, l’Accolade.
Une rue du village porte toujours le nom de rue Charles Grauss, en hommage au secrétaire général de la Fédé qui avait fondé le camp.
Bibliographie
Archives sur notre site
- Édouard Maury, « Avant-propos », in Sous la tente, 1911
- Charles Grauss, « Ce qu’est un camp de vacances », in Sous la tente, 1911
- ↑ Georges Boissonas, « La fin de Domino », Le Semeur, août-septembre 1918
Articles en ligne
- Arnaud Baubérot, « La nature éducatrice. La pédagogie du camp dans les mouvements de jeunesse protestants. », Ethnologie française, Vol. 31(4), 2001, pp. 621-629 (lien externe)
Autres articles
- Rémi Fabre, « L’émergence d’un mouvement : les premiers camps de vacances de la fface, 1906-1914 », in G. Cholvy (éd.), Mouvements de jeunesse, chrétiens et juifs : sociabilité juvénile dans un cadre européen, 1799-1968, 1985, Paris, Cerf : pp. 141-160
- Le camp de Domino, 1913, Paris, Fédération française des étudiants chrétiens
- Souvenirs des camps de vacances, organisés par la Fédération française des Associations Chrétiennes d’Étudiants, à Moussey (Vosges), Port d’Alon (B.-d.-R.), Gourdouze (Lozère), Les Mathes (Chte-Inf.) en août 1908, 1909, Paris
