Ce portrait d’Édouard Maury (1858-1914) est publié dans Le Semeur de janvier 1915, pendant la Première Guerre mondiale.
Bien des membres de la Fédération éprouveront une vraie douleur en apprenant la mort imprévue de M. Édouard Maury. Il était né, le 1er décembre 1858, à Lyon, où il fit toutes ses études secondaires et fut catéchumène de M. Léopold Monod. Il fut élève de la Faculté indépendante de théologie de Neuchâtel, où il subit surtout l’influence de Frédéric Godet. Il passa l’année scolaire 1881-82 à Leipzig et à Tubingue et, à son retour d’Allemagne, il alla pour un an à Édimbourg comme pasteur de l’Église française (1882-83). Il fit ensuite un stage à Mazamet comme suffragant de M. le pasteur Ernest Monod.
Il alla de là, en 1884 (il venait de se marier) desservir, sous les auspices de la Société évangélique de France, le poste de Villefavard (Haute-Vienne). En 1886, il fut appelé à Saint-Gall comme pasteur de l’Église française. Entraîné par les trésors de la bibliothèque de cette ville à faire des recherches sur la musique ancienne et l’archéologie religieuse, il fit alors un voyage en Irlande et dans l’île de Iona, pour y retrouver la source de l’art celtique dont il avait relevé les traces dans les vieux manuscrits de Saint-Gall.
En 1890, il fut nommé pasteur de l’Église du Raincy, qu’il desservit jusqu’en mai 1899. Une épreuve de famille l’avait contraint, dans les derniers mois de cette période, à séjourner à Biarritz1. Il revint à Paris, en novembre 1899, après une grave maladie. Passionné de musique religieuse, il aurait voulu développer cet art dans les communautés protestantes. Combien de temples ont reçu de lui un bon harmonium ! L’Union chrétienne de jeunes gens de la rue de Trévise, la chapelle du Luxembourg, à Paris, le temple de Neuilly, la chapelle de l’Église libre de Vevey, celle de Chexbres lui ont dû leurs orgues.
La Fédération française des Étudiants chrétiens était particulièrement chère à M. Ed. Maury. L’Association de Paris lui a dû plus d’un enrichissement de sa bibliothèque. Il a organisé plusieurs fois, et toujours avec la même générosité, son concert annuel. Il avait pris une part active à l’organisation des cultes universitaires qui ont eu, l’an dernier, un succès si encourageant ; il en assurait toute la partie musicale. D’autre part, nul n’a soutenu comme lui notre camp de vacances de Domino. Il lui a offert ses premières tentes et il leur en a ajouté d’autres dans la suite. C’est lui qui a donné à la Fédération la magnifique plaquette illustrée par le graveur Schmied : Sous la Tente. Quand il s’est agi, en juin 1914, de fonder la « Société immobilière du Camp de Domino », il s’est empressé de souscrire un certain nombre de parts. Chaque année, il allait faire une visite à ses jeunes amis de Domino. La veille de la mobilisation, il se disposait à partir pour l’île d’Oléron. Le lendemain, ce voyage était impossible.
M. Maury a passé l’été à Villefavard où il hébergeait bon nombre de réfugiés. C’est là que la maladie l’a atteint. Revenu à Paris, il est mort, dans la sérénité calme du croyant, le 29 décembre. Ses obsèques ont eu lieu à Paris le 31 décembre et à Villefavard le 2 janvier2.
Tous nos secrétaires, sur le front, comme beaucoup de nos camarades, seront affligés par cette disparition d’un véritable ami.
Notes
- « Une épreuve de famille » : c’est le décès de son très riche beau-père, qui lui lègue sa fortune. Ce que l’article ne dit pas, c’est qu’il avait épousé en 1884 Sophie Monnerat (1863-1919), fille unique de Jules Monnerat (1820-1898), co-propriétaire de l’entreprise suisse Nestlé et président de son conseil d’administration. ↩︎
- En 1880, le pasteur Edouard Maury s’installe à Villefavard, commune rurale protestante de Haute-Vienne, où il reconstruit le temple, finance un orgue Cavaillé-Coll et ouvre la villa Solitude, pour y accueillir des musiciens. ↩︎
