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Édouard de Robert

Ce portrait d’Édouard de Robert (1893-1918) est publié dans Le Semeur de novembre 1918, dans les « Tablettes d’or » retraçant la courte vie des jeunes protestants morts pendant la Première Guerre mondiale.

En synthèse, Édouard Auguste de Robert est né le 11 février 1893, à 2h, à Saint-Armand-Valtoret — fils du pasteur Arthur Albert Hosmann de Robert-Labarthe et de Jane Jeanne Bones. En 1913, il est étudiant en mathématiques à l’École normale supérieure. Il est blond, yeux châtains, et mesure 1,73 m.

Il est tué le 29 juillet 1918 à Château-Thierry et est enterré au cimetière du Grand-Rozoy, dans l’Aisne. Il était le matricule 2575 du 16e régiment d’infanterie, promu capitaine de réserve à titre définitif le 1er juillet 1918. Décoré de la croix de guerre 3 étoiles d’argent et de la Légion d’honneur en 19171.

La famille Robert-Labarthe
à Saint-Amans-Valtoret en 1895.
Édouard est sur les genoux de sa mère, à droite.

Édouard de Robert est né à Saint-Amans-Valtoret (Tarn), le 11 février 1893. Son père était pasteur et il fut élevé dans un milieu religieux où la foi personnelle était placée au premier rang, où l’accent était mis constamment sur la responsabilité de lame dans les décisions spirituelles qui engagent la vie entière. En 1901, il suit son père à Bordeaux, où il commence ses études au lycée. Il devait tout naturellement faire partie de notre groupe de Lycéens chrétiens. En 1913, reçu simultanément à l’École Polytechnique et à l’École Normale, il opte pour cette dernière. À Paris, il jouit beaucoup de ses études et de l’atmosphère scientifique et morale qu’il respire. Au bout de quelques mois, la lecture de l’Évolution créatrice de Bergson, et probablement aussi le désir d’élargir ses horizons intellectuels, le décident à s’orienter vers les sciences naturelles. Il fait de la botanique avec passion. En juin 1914, il est reçu licencié avec la mention très bien. À l’École Normale, il s’imposait à tous par sa gaieté et, en même temps, par sa pureté de mœurs. Aussi souvent que son travail le lui permettait, il suivait les réunions de l’Association de la rue de Vaugirard. La conférence de M. John Mott à l’Oratoire, en novembre 1913, l’avait profondément remué. Ses préoccupations religieuses se développaient. On en trouve les traces dans sa correspondance d’alors. C’est ainsi qu’il y note, en 1913, un sermon de M. Monnier spécialement adressé aux étudiants : « Son texte était à peu près : « Faites la volonté de Dieu et vous verrez si ma doctrine est de Dieu. » Cette idée d’une obéissance préalable, qui devient ensuite source et cause de lumière et de révélation, a été présentée d’une manière si logique et si lumineuse qu’il était impossible de ne pas réfléchir. » Réfléchir et se faire une conviction bien personnelle, c’est, en effet, son souci constant. En 1915, il offrira un Nouveau Testament à l’un de ses camarades avec cette dédicace : « À mon compagnon d’armes B., en souvenir de la grande guerre et d’une discussion sur : une religion raisonnablement acceptable. »

La guerre le surprend à Nancy, où il terminait une période d’instruction militaire avec ses camarades de l’École Normale. Envoyé successivement à Troyes et à Mâcon, il est nommé sous-lieutenant à la fin de décembre et part pour le front au commencement de janvier 1915. Il est ardemment pacifique et la guerre pose devant lui un douloureux problème. Mais il ne tarde pas à concilier ses devoirs de chrétien et de soldat, comprenant le sens profond de la guerre actuelle ; et cet idéaliste pacifique devient un splendide guerrier. Une lettre de M. l’aumônier Cadier, écrite après sa mort, fait bien ressortir ce trait de sa physionomie morale : « … La dernière fois que j’ai vu Edouard, c’était sur le sommet du Mort-Homme [Verdun], où ce capitaine de vingt-cinq ans avait établi son poste de commandement provisoire de commandant de bataillon. En le considérant debout sur ce sommet funèbre, pétri d’acier et de chair humaine, en entendant tomber de sa bouche des paroles sereines devant l’immense horizon des lignes ennemies, depuis le bois de Chaume jusqu’au piton de Montfaucon vers lequel le soleil se couchait dans le sang, j’ai eu l’impression qu’il y avait chez ce jeune homme quelque chose de si grand que je l’appelai : « duc du Mort-Homme ». Il me répondit avec un sourire attristé : « Mort-Homme, je n’aime pas ce nom. » … Il symbolisait à mes yeux ce qu’a de plus beau l’âme de notre armée : avec une farouche résolution et une foi ardente, il menait la guerre à la guerre, et avec quelle supériorité d’intelligence ! »

Arrivé au front, Edouard de Robert se rend d’abord dans la région de Lassigny [Oise]. Il prend très au sérieux ses nouvelles responsabilités et remplit là consciencieusement ses fonctions de chef de section. Il est très préoccupé de la situation de ses soldats : « Je leur témoigne, écrit-il le 24 janvier 1915, autant de sympathie que je puis et je suis payé de retour. » Il est sous les ordres du capitaine G. qu’il admire beaucoup pour son intelligence et sa haute conception du devoir. Il lit avec intérêt les publications de la Fédération et tout particulièrement les conférences qui lui sont envoyées chaque semaine. Réservé dans l’expression de ses sentiments religieux, il s’était fait du christianisme une conception scientifique et très personnelle. Le ton général de ses lettres est très gai. Parlant des rats qui, la nuit, attaquent sa cagna, il écrit, en février 1915 : « J’essaye bien de les intimider avec ma grosse voix ; mais ils sont extrêmement braves, et, jusqu’ici, mes cris n’ont réussi qu’à réveiller en sursaut l’adjudant qui, croyant à une alerte, se précipite sur son masque en renversant la table, la chaise et le seau à café. »

Voici comment il raconte sa première patrouille : « … Je me lève pour m’approcher encore un peu et pour mieux entendre. Mais, au même moment, une forme noire se dresse devant moi, derrière le talus. Une voix forte crie deux fois et très distinctement : « Hait ! wer da ? » Puis, aussitôt, six coups de fusil nous sifflent aux oreilles. Nous nous étions heurtés à une patrouille fixe que les Allemands avaient posée là pour protéger leurs travailleurs. Ces braves Allemands ont dû avoir aussi peur que nous, car, à cette distance et avec la lune qu’il faisait, ils sont impardonnables — mais pardonnés — : de n’avoir touché personne. Ils étaient trop bien abrités et trop près de leurs lignes pour que je pusse rien faire contre eux. Je me suis contenté d’aller rapporter le plus vite possible le renseignement sur les travailleurs ; on a téléphoné aux 75 et, dix minutes après, ils ont reçu une rafale bien ajustée. Et ceci s’est passé sur un champ de betteraves de la Picardie, en l’an de grâce 1915, et celui qui en a fait les frais est un jeune homme doux et poli qui, jusqu’ici, n’avait eu d’autres occupations que de suivre une démonstration ou de disséquer une fleur. »

Quelque temps plus tard, il fait une patrouille extrêmement audacieuse à la suite de laquelle il obtient sa première citation à l’ordre de la division : « Chargé de l’instruction des grenadiers, a su leur inculquer ses qualités de confiance et de bravoure. Est sorti en plein jour loin du réseau de fils de fer pour prendre une pancarte placée par les Allemands pendant la nuit. A dirigé avec plein succès une patrouille audacieuse qui s’est précipitée à la baïonnette contre les éclaireurs ennemis et a fait un prisonnier (août 1915) »

Il participe à la bataille de Verdun, puis est envoyé à Mouy où il fait aux grenadiers un cours sur « la tactique du combat à la grenade ». Le succès de son cours est tel qu’il reçoit des félicitations de ses chefs : « Le général T., commandant la …e division indépendante, exprime sa très vive satisfaction à M. le sous-lieutenant de Robert pour les services qu’il a rendus dans l’instruction des bombardiers et des pionniers d’infanterie de sa division. Témoignage en sera fait sur le feuillet de campagne de cet officier. » Le général M., à son tour, souligne ces félicitations : « Le sous-lieutenant de Robert s’est montré un officier instructeur de premier ordre ; très compétent dans toutes les questions concernant le combat à la grenade, il a mis constamment au service de sa tâche son intelligence d’élite et son ardeur communicative. Officier d’une valeur indiscutable, il est capable de diriger avec succès les grenadiers de son régiment. »

Quelques mois après, il rejoint son régiment. Il ne le quitte plus et, pendant plus d’un an, il prendra part avec lui aux actions les plus dangereuses. Une fois, il abrège de deux jours l’une de ses permissions pour pouvoir être avec ses hommes au moment de l’attaque. Il est de nouveau cité à l’ordre de la division et promu lieutenant : « Les 1er et 3 mars 1917, s’est offert spontanément pour effectuer des reconnaissances dans les tranchées précédemment occupées par l’ennemi. Ayant trouvé un des postes abandonnés par les Allemands, l’a minutieusement exploré et y est retourné de lui-même pour le faire sauter. A montré, pendant ces opérations, les plus belles qualités de bravoure, de calme et de sang-froid. Blessé pendant les combats de novembre 1916 sous Chaulnes, a refusé de se laisser évacuer. Déjà cité à l’ordre de la division en août 1915. »

Quelques jours plus tard, il a la joie d’assister enfin à un repli de l’ennemi : « J’ai éprouvé, écrit-il le 21 mars, une émotion très forte et très douce en entrant tête haute dans ce Lassigny que j’avais observé pendant un an et dont les redoutes nous paraissaient imprenables. Le moral de nos soldats est naturellement excellent. Le spectacle des incendies, des rapts, des destructions systématiques contient pour eux un enseignement très éloquent. »

Le 21 juin 1917, il obtient une citation à l’ordre de la division, la troisième, qui le montre bien à l’œuvre : « Par une vigilance de tous les instants, par les dispositions éclairées qu’il a prises, en maintenant très haut, par son exemple, le moral de ses hommes, a réussi à arrêter une attaque dirigée sur les tranchées qu’il avait pour mission de défendre. »

Cette vie de perpétuel combat ne tue pas en lui l’activité scientifique et il demande alors qu’on lui envoie sa loupe et son microscope et, entre deux combats, il étudie la flore des tranchées. En août, il revient à Verdun et participe à l’attaque du bois d’Avocourt. Il part en tête de sa compagnie, qu’il commande pour la première fois, à l’assaut. Il l’électrise par son entrain, conquiert rapidement le terrain désigné, repousse sept ou huit contre-attaques et, par une manœuvre audacieuse, fait un grand nombre de prisonniers. Il reçoit la croix de la Légion d’Honneur sur le champ de bataille : « Officier de grande valeur. Au cours de l’attaque du 20 août 1917, a fait preuve des plus belles qualités militaires de bravoure, de mépris absolu du danger, d’initiative et de sacrifice. A entraîné sa compagnie à l’assaut, lui faisant dépasser ses objectifs dans le minimum de temps. A appuyé ensuite les unités voisines menacées par les contre-attaques ennemies et a guidé enfin, sur un terrain inconnu d’elle, une compagnie mise à la disposition du bataillon pour une contre-attaque de nuit. Une blessure. Trois fois cité à l’ordre. »

Après un séjour dans l’Argonne, il revient à Verdun où il occupe, dans les tranchées, un secteur peu agité. En janvier 1918, il est promu capitaine. Il reste très calme en apprenant la nouvelle de l’avance allemande sur Paris. Pas un instant, il ne doute de la victoire et il écrit : « Je voudrais pouvoir vous communiquer mon optimisme et mes espérances. »

Ce qu’il est pour ses hommes, nous le voyons avec une clarté saisissante dans une note écrite dans le bois F. et adressée aux quatre chefs de section : « La grande nouvelle de la relève de notre division est désormais connue de tous. Encore une fois, un secret de la plus haute importance a été divulgué bien avant l’heure. Je ne veux pas garder pour moi tout seul un secret de polichinelle et vous cacher pins longtemps que vous n’avez que deux jours à passer dans votre situation actuelle. Ces deux jours, je vous demande, non que vous les passiez au bois F., mais que vous les utilisiez. Votre activité peut et doit s’exercer sur des points très divers. Il y a d’abord l’armement que nous devons entretenir impeccable, etc. Il y a aussi et surtout le moral de vos hommes, auquel il convient d’apporter une particulière sollicitude ; vous devez être perpétuellement aux écoutes pour surprendre la pulsation morale de votre section, pour l’entretenir et la corriger. Ceci vous est particulièrement aisé dans une situation où l’exiguïté des abris impose la plus complète promiscuité entre les chefs et les hommes. Saisissez cette occasion, non pour bourrer le crâne de vos poilus, mais pour apprendre à les mieux connaître, pour leur témoigner la cordiale sympathie à laquelle ils ont droit et qui n’exclut pas la discipline, pour les placer sous l’influence de vos personnalités. En ce faisant, vous accomplirez la plus importante, la plus indispensable partie de votre service. Au point où se trouve la guerre, elle n’est plus une guerre de matériel, elle est une guerre de moral. Tout le monde aura des canons. Quelques-uns sauront conserver un moral infrangible et ceux-là auront la victoire. C’est un accident de moral qui a détourné la Russie de ses intentions premières et loyales ; c’est spécialement pour des raisons moraies que l’Amérique est entrée en guerre. Ce moral extrêmement sensible, facilement alarmé, vous devez le considérer comme un dépôt très délicat et très précieux dont vous auriez la charge et l’entretien. La tâche, certes, n’est pas simple ; elle se complique par la présence, dans vos escouades, d’éléments étrangers et quelquefois équivoques. Ce vous est une raison de plus pour être attentifs. Votre titre de chef, votre connaissance de la vérité historique et des conséquences internationales et humaines que peut avoir cette guerre bien terminée, vous imposent d’être l’armature, le soutien permanent du moral de vos hommes. Si je vous fais à ce sujet, aujourd’hui, des recommandations particulièrement pressantes, ce n’est pas que j’aie lieu d’être mal satisfait. Je me flatte même de commander une compagnie où, grâce à vous et pour le moins autant que dans toute autre, existent la véritable camaraderie, la bonne humeur, le sens du devoir et la valeur militaire. Mais tout ceci n’est pas définitivement acquis et mérite d’être entretenu par un effort incessant. »

Un des amis qui ont le mieux connu Edouard de Robert et qui avaient pénétré le plus avant dans cette âme d’élite nous dresse, dans les lignes qu’on va lire, un portrait extrêmement vivant de celui que nous avons perdu : « Ce qui frappait tout d’abord en lui, c’était la vie intense dont tout son être débordait ; son corps d’une vigueur qui semblait défier la mort, son beau visage à l’expression si virile et si franche, son intelligence limpide et de belle envergure, sa riante imagination, son affectueuse sensibilité qu’il dissimulait parfois sous des allures un peu cavalières, son caractère éminemment sociable et où rayonnait je ne sais quelle joie de vivre, sa voix elle-même, sa voix forte et richement timbrée, tout en lui était vie ardente et largement épanouie.

« Et cette vie, qui s’écoulait en une saine et très française gaieté, un flot de paroles brillantes, une inlassable activité, était dominée par une volonté plus forte que les événements. Oui, cette volonté, — qu’exprimait la flamme du regard — était bien chez lui la maîtresse qualité d’un caractère noble, courageux et loyal. Il était de ces natures dont on a dit qu’elles brisent la destinée ou se font briser par elle, et, si les ciconstances l’avaient permis, peut-être fût-il devenu l’une de ces fortes personnalités qui jaillissent de la culture française et de l’esprit protestant. Et cette volonté toujours orientée vers le devoir immédiat et servie par les plus beaux dons naturels fit de lui au lycée un excellent élève, au front un incomparable soldat ; il était homme d’action, travaillait avec une scrupuleuse conscience, ne reculait devant rien ; surtout, il avait horreur de l’à peu près et c’est tout entier qu’il se donnait à sa tâche, soit qu’il fît l’instruction des officiers grenadiers, soit qu’il entraînât sa compagnie à l’assaut ; souvent même, il s’offrait spontanément pour de périlleuses missions. Aussi fut-il hautement apprécié de ses chefs qui lui prodiguaient leurs témoignages d’estime et adoré de ses hommes dont il s’occupait avec un soin jaloux ; par tous les moyens, il s’ingéniait à améliorer leur « ordinaire », à leur procurer un peu de bien-être, à affermir ou exalter leur moral ; il aimait à dire les vertus du fantassin de France, du fantassin de la tranchée, et le rôle souvent obscur mais toujours incomparablement grand qu’il joue dans la guerre actuelle, et il eût souhaité que la reconnaissance nationale s’exprimât à son égard autrement que par des discours ou des articles de journaux. En permission, il luttait contre tout pessimisme par le joyeux rayonnement de sa confiance. Fidèle à la devise de ses pères : « Si fortuna torquet, spes juvat », il conservait, aux heures les plus sombres, une sérénité réfléchie ; à ceux qui perdaient espoir ou trouvaient la guerre trop longue, il apportait le réconfort de son exemple et disait son indéfectible foi dans le succès final de nos armes. Et cette vigueur d’âme, qui s’était largement épanouie au contact de la guerre et de ses fortes réalités, il l’avait sinon complètement acquise, du moins singulièrement développée par une constante discipline. Une méthode féconde présidait à toutes ses activités et lui faisait cultiver harmonieusement toutes les puissances de son être, soit qu’il assouplît son corps aux exercices physiques, soit qu’il orientât son intelligence vers les objets les plus divers, soit qu’il disciplinât son caractère en soumettant tous ses actes au contrôle de la raison.

« C’était bien dans cet épanouissement complet de tout son être que résidait sa haute originalité. Ce qui le caractérisait, c’était moins l’excellence de ses qualités que leur harmonieux équilibre. Vigueur et beauté resplendissaient également dans son corps, dans son intelligence, dans son âme, en sorte qu’il réalisait un type très complet et très rare d’humanité : être homme dans la plus haute acception du mot, tel était l’un des buts qu’il s’était visiblement fixés ; et ne l’avait-il pas déjà magnifiquement atteint ? »

Nous touchons malheureusement à la fin de cette trop courte vie. Dans les derniers jours de juillet 1918, Edouard de Robert quitte Verdun et prend la direction de Château-Thierry. Avant de partir à l’attaque, il envoie à l’un de ses frères, exposé comme lui à tous les dangers, un passage souligné et annoté des Pensées de Pascal. Le 29 juillet, il est à l’assaut d’une position à enlever. Il communique à ses hommes son courage. Sur un terrain extrêmement battu par les balles et les obus, il ne cesse de se jeter en plein danger pour maintenir la liaison entre sa compagnie et les unités voisines. Dès le matin, son chef de bataillon ayant été tué, il prend le commandement dans des circonstances difficiles, paie d’exemple sous des tirs meurtriers de mitrailleuses. Par trois fois, il s’élance à la baïonnette avec des fractions de réserve, bousculant les Allemands, s’exposant héroïquement pour entraîner ses hommes. Vers 3 heures de l’après-midi, il est atteint mortellement d’une balle au front au moment où, debout et un fusil à la main, devant ses hommes blottis dans des trous d’obus, il indiquait du geste un nouvel objectif pour une contre-attaque qu’il s’apprêtait à conduire. Après sa mort, sous la pression des Allemands, nos troupes cèdent un peu de terrain et le corps de notre camarade reste momentanément dans les lignes ennemies. Quelques jours plus tard, — exactement le 1er août, — à la suite d’une contre-attaque, il est retrouvé et enterré dans le cimetière du Grand-Rozoy.

Edouard de Robert, au lendemain de sa mort, a été cité à l’ordre de l’armée : « Officier d’une haute valeur morale et militaire, merveilleux entraîneur d’hommes. Le 29 juillet, est parti à la tête de sa compagnie avec sa bravoure habituelle. Dès le matin, son chef de bataillon ayant été tué, a pris le commandement du bataillon, n’a pas cessé de montrer une admirable activité pour progresser, organiser sa ligne de résistance et encourager ses hommes. A résisté à plusieurs contre-attaques, contre-attaquant lui-même à la baïonnette en tête de ses hommes. Blessé mortellement au cours d’une contre-attaque. »

Liens externes

  1. Mémoire des Hommes : fiche de mort pour la France
  2. Archives de Gironde : registre matricule
  3.  Base Léonore : légion d’honneur