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Le Paris protestant aux Rencontres européennes de Taizé

Pour le Nouvel An, près de 10 000 jeunes ont convergé de toute l’Europe vers Paris, à l’invitation de la communauté œcuménique de Taizé. Les Églises chrétiennes de toutes confessions les ont accueillis, et la Fédé des jeunes protestants (FFACE) a participé activement. Lundi 29 décembre, nous animions un jeu de piste sur le Paris protestant, depuis le temple réformé du Luxembourg, au 58 rue Madame, rive gauche, jusqu’à l’Oratoire du Louvre, au 160 rue de Rivoli, rive droite.

Mardi 30 décembre, nous avons prêté main forte au temple de l’Étoile pour la table ronde entre le cardinal d’Alger, Jean-Paul Vesco, et le pasteur Samuel Amedro, président du Conseil réformé de la région parisienne. Le lendemain, y étaient reçus les jeunes venus des pays scandinaves (Danois, Norvégiens, Suédois et une majorité de Finlandais).

Le midi dans les différentes églises de Paris, et le soir à l’Arena Bercy, nous avons prié ensemble, et chanté dans toutes les langues. Le Psaume 92, du psautier huguenot (Oh, que c’est chose belle…) a été entonné avec de drôles d’accents !

Les discours lors de la réception à l’Hôtel de Ville des responsables des cultes et des associations, à laquelle nous étions conviés, étaient particulièrement engagés pour la paix en Europe.

Jeu de piste du Paris protestant

Notre jeu se déroule en 1591, à la fin des guerres de Religion. La capitale de la France est assiégée par son propre roi, Henri IV. Henri III a été assassiné deux ans auparavant par un dominicain fanatique. La couronne capétienne est passée du dernier des Valois au premier des Bourbon, d’un roi catholique à un roi protestant.

L’armée d’Henri IV est œcuménique : elle rassemble des huguenots et des catholiques « politiques », qui estiment que la paix et le droit priment sur les considérations religieuses. Face à elle, Paris est retenu confiné par la Ligue catholique, des ultras jusqu’au-boutistes, qui refusent qu’un « hérétique » règne sur la « Fille aînée de l’Église ». Ils fantasment une France uniforme, monolithique, qui a assimilé les minorités. Ils attisent la haine, raniment la guerre civile, souhaitent une épuration plus meurtrière encore que le massacre de la Saint-Barthélemy, il y a vingt ans. Chaque parti est soutenu militairement par des pays européens.

Déguisé en G. de Coligny devant le Sénat. La fontaine est glacée.
Au jardin du Luxembourg

Nous sommes une équipe de jeunes enfermée dans la ville, membre des forces françaises de l’intérieur. On doit résister à la propagande identitaire de la Ligue — laquelle instrumentalise un catholicisme pour en faire une arme contre les minorités. Il s’agit de réconcilier la France, de permettre une coexistence des convictions divergentes, la liberté de conscience et d’expression… y compris des dissidents !

La milice patrouille dans les rues de Paris, la population est terrorisée. Une société occulte, le Conseil des Seize, coordonne l’insurrection au pouvoir légitime. Il va falloir emprunter des passages secrets, déchiffrer des lettres cryptées, interpréter des blasons et des symboles ésotériques.

Le jeu est une réflexion sur les dérives religieuses du XXIe siècle. Nos contemporains sont déboussolés par la modernité, l’individualisation des croyances, la sécularisation de la société, et opèrent un repli identitaire. Le christianisme évangélique est instrumentalisé par l’extrême-droite MAGA aux États-Unis, le catholicisme par les milliardaires Bolloré et Stérin en France. Ils sont rétrogrades, nationalistes, climatosceptiques, antiféministes, homo et transphobes, contre les mouvements de réduction des inégalités. Ils croient que la fin justifie les moyens, détruisent les valeurs de vérité et de justice.

Les frères de Taizé résistent à ce mouvement de fond et prônent l’ouverture au dialogue interculturel et interreligieux, l’aide aux migrants, le respect de l’altérité. Nous pensons qu’ils défendent le message des Évangiles. Jésus, le Christ, parlait et soignait les exclus de la société ; il a prêché un Dieu qui aime chacun et chacune sans condition, et nous a invité à faire de même. ❧

Devant la statue équestre d’Henri IV