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Racines juives et dialogue judéo-chrétien : quelle inspiration pour l’œcuménisme ?

La semaine dernière, les 9 et 10 décembre 2025, les jeunes chrétiens de la Maison d’unité ont animé deux soirées sur le judaïsme. La Maison d’unité propose plusieurs colocations œcuméniques à Paris : chaque appartement fait cohabiter des jeunes catholiques, orthodoxes et protestants de toutes confessions. Les rencontres hebdomadaires, ouvertes à tous, ont lieu à l’espace Marc Bœgner et au siège historique des diaconesses de Reuilly (des sœurs protestantes). Elles sont précédées d’un dîner.

La professeure Anna van Den Kerchove, maîtresse de conférences en histoire du christianisme ancien et patristique — et doyenne de la faculté de Paris de l’Institut protestant de théologie — a insisté sur les deux racines du christianisme, juives et grecques. Et en ce qui concerne la racine juive, elle a exposé la diversité du judaïsme au temps de Jésus. Les juifs sont alors répartis entre saducéens, pharisiens et essénien. Plusieurs mouvements messianiques éclatent face à l’occupation romaine. La Torah est lue en hébreu, mais souvent aussi en grec par les juifs hellénisés — dans les traductions de la Septante, et c’est cette version qui est citée dans les Évangiles. Au chapitre 11 de son épître aux Romains, l’apôtre Paul loue « cette racine qui te porte », mais il faut bien comprendre que cette racine est alors multiple.

À partir de la destruction du temple de Jérusalem par les armées de Titus en 70 après Jésus-Christ, le judaïsme évolue fortement, et donne naissance aux branches juives et chrétiennes. Judaïsme et christianisme, très semblables au départ, ont coévolués de manière à se démarquer, et il est impossible de dater précisément la séparation. Le judaïsme d’aujourd’hui n’est pas celui que pratiquait Jésus, mais son descendant. Autrement dit, les juifs ne sont pas les ancêtres des chrétiens, mais leurs « frères aînés ».

Dans le dialogue œcuménique, il peut arriver que l’on déplore l’extraordinaire ramification du christianisme contemporain — une diversité qui serait source de division. Mais Anna van Den Kerchove a montré que ce discours était ancien : bien avant la Réforme protestante, les Pères de l’Église s’écharpaient au sujet des multiples expressions de la foi dans le Dieu de Jésus. L’épître aux Galates et le chapitre 15 des actes des apôtres gardent la trace les divergences des chrétiens au concile de Jérusalem. Les quatre évangiles sont différents, les apôtres étaient douze, et Jésus était juif dans une société où le judaïsme était déjà multiple. L’unité des chrétiens n’est pas dans l’uniformité du dogme ou de la pratique, mais dans une union fraternelle autour du Christ.

Logo de la Maison d’unité : une croix formée de quatre livres ouverts, bleu vert jaune rouge.
Logo de la Maison d’unité

En conclusion, l’Église n’est pas un cèdre au tronc bien droit. C’est plutôt un buisson ardent, dont les multiples rameaux répondent à de multiples racines. 

Un échange a suivi cet enseignement, puis Gustave, coordinateur national de la « Fédé » et ancien membre du comité directeur de l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF), a animé un temps spirituel. Après avoir chanté ensemble le Psaume 133 « Ah qu’il est doux pour des frères, de demeurer ensemble », en français et en hébreu, le texte a été lu dans la Bible, puis commenté.

Dans sa prière, Gustave a souhaité qu’au-delà de racines communes, les juifs et chrétiens se rencontrent aujourd’hui pour mieux se connaître. Qu’à « l’enseignement du mépris », succède un enseignement de l’estime dans les catéchismes et prédications. Et que des amitiés tissées naissent des actions communes. Pour la paix et la justice au Proche-Orient. Contre l’antisémitisme et tous les amalgames et discriminations. Et en ces 120 ans de la loi de 1905, pour la laïcité telle qu’inscrite dans l’État de droit : garantissant la liberté de conscience et d’expression des convictions, « même religieuses ».


Rencontres européennes de Taizé

Pendant les rencontres européennes de Taizé, Gustave animera lundi 29 décembre un jeu de piste sur le thème des guerres de Religion (voir ci-dessous) et accueillera des ateliers au temple protestant de l’Étoile : mardi 30 décembre, échange entre le cardinal d’Alger Jean-Paul Vesco et le pasteur Samuel Amedro, président du Conseil réformé de la région parisienne.

Double jeu… de Seine est un jeu de piste dans le vieux Paris des guerres de Religion ! Rendez-vous au temple du Luxembourg, rue Madame, en l’an de grâce 1591. La capitale est assiégée par son propre roi, Henri IV. Les rebelles de la Ligue tiennent Paris confiné : ce grand politique a certes promis une loi de tolérance et d’amnistie, mais ils craignent ce roi huguenot. Ils manipulent et terrorisent la population. C’est aussi une guerre européenne, avec des mercenaires venus d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, des Pays-Bas et d’Angleterre. Protestants et catholiques ouverts à l’œcuménisme, rejoignez-nous pour déjouer ce terrible complot et sauver la paix des griffes des fanatiques et identitaires ! Au programme : 1h de marche entre rive gauche et droite, passages souterrains, blasons et codes secrets.


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